Blog de Postskript

Mais d’où tire-t-on les personnages ?

Posté le 29 juillet 2008 dans la catégorie écriture par Postskript

Magritte

Pour créer des personnages dotés d’un pouvoir de fascination, des personnages qui s’impriment dans les mémoires, on a besoin d’un solide point de départ. D’où tirerez-vous donc vos personnages? Regardez autour de vous, dans votre mémoire, en vous… Vos personnages naîtront de gens que vous connaissez, que vous avez sous les yeux, ou même que vous imaginez. Partout on trouve une source d’inspiration pour créer des personnages.

Les écrivains construisent souvent des personnages à partir d’une de leurs connaissances, ou en prenant différents traits de caractère à des gens qu’ils connaissent. Certains écrivains partent de leur propre personnalité pour élaborer un personnage. Commencer à construire un personnage à partir de gens qu’on connaît, ou à partir de soi-même, permet de poser de solides fondations et de connaître intimement sa créature.

Cependant, si vous partez de personnes réelles, prenez toujours soin de garder une place pour l’inventivité et la création. Il y a des gens qui veulent écrire un roman, se basent sur quelqu’un qu’ils connaissent pour en faire un personnage, et perdent un temps fou à se demander si les réactions de leur personnage dans la fiction correspondent à ce qui se passerait réellement. Au lieu de se demander : « Que ferait mon personnage dans cette situation? », ils se demandent : « Que ferait mon voisin, mon collègue, ma grand-mère? » On peut se rendre fou à se demander comme ça si on écrit une histoire conforme à la « réalité », si la « vraie » personne aurait agit comme votre personnage… Une fois que la personne réelle vous a servi de base pour imaginer votre personnage, tirez celui-ci du côté de la fiction, accordez-lui une totale autonomie : il répondra ainsi aux nécessités de votre récit.

Les règles de la fiction selon Edith Wharton

Posté le 25 juillet 2008 dans la catégorie écriture par Céline Servais-Picord

Edith Wharton

Qui mieux qu’un grand écrivain peut donner des conseils utiles à ceux qui souhaitent écrire ? Edith Wharton livre ses réflexions dans son essai Les Règles de la fiction.

En voici un extrait, qui traite de la différence entre nouvelle et roman. Jusque dans son analyse, Edith Wharton reste une grande styliste qui parle de la littérature avec des images :

En traitant de la nouvelle, j’ai peut-être eu l’air de trop insister sur la nécessité de tenir compte de tous les détails du plan et de développement ; pourtant, la nouvelle est une improvisation, le réceptacle passager d’une imagination vagabonde, comparé au monument carré, avec des fondations profondes, que devrait être le roman.

L’artisan écrivain

Posté le 14 juin 2008 dans la catégorie écriture par Postskript

Répondant à un journaliste, le prix Nobel de littérature Orhan Pamuk a évoqué le métier et la patience nécessaires à l’écrivain, qui rappellent les miniaturistes décrits dans son livre Rouge est mon nom. Cette déclaration du romancier turc, qui fait l’éloge du travail régulier, est stimulante pour tous ceux qui se sont engagés dans une démarche d’écriture:

«Je me considère certainement plus comme artisan que comme artiste. La créativité et l’inspiration jouent naturellement un rôle. La véritable littérature est plus qu’une simple histoire racontée par quelqu’un. Elle doit transmettre au lecteur l’essence du monde, sur le plan moral, philosophique et émotionnel. J’ai essayé de développer cette vérité intérieure dans tous mes ouvrages. Mais sans la patience et l’habileté de l’artisan, même le talent le plus sublime est gaspillé.»

La poésie des parenthèses

Posté le 27 mai 2008 dans la catégorie littérature par Postskript

Céder au plaisir de raconter, quand on écrit une nouvelle ou un roman, c’est inventer et développer des histoires qui s’enchâssent, se télescopent… Dans son essai Henri Matisse, roman, Aragon fait l’éloge de l’écriture discontinue, des parenthèses qui éclatent l’histoire et ouvrent sur une infinité de possibles. L’art de la digression consiste à laisser libre cours à l’imagination créatrice: c’est un excellent moyen d’exercer son style.

Au fond, la parenthèse est une invention de l’homme, laquelle est de la sorte même des romans, à y regarder de près. [...] Par exemple, Don Quichotte n’est en réalité en tant que roman rien, si ce n’est l’histoire de l’ingénieux Hidalgo et de Dulcinée du Toboso, tout le reste n’étant que parenthèses, labyrinthe de parenthèses, où des miroirs habilement placés font soudain apercevoir, fugitive, l’image de Dulcinée, ou la Triste Figure du Chevalier, on croit y être, et puis voilà qu’une histoire, sans rapport avec les amours dites, nous entraîne parenthétiquement dans un théâtre inattendu.

[... Dans les adaptations au cinéma] le roman, allégé de tout ce qui n’est pas «nécessaire» à l’histoire principale, devient une pierre lourde, et roule dans le puits. La parenthèse en est ce que l’on appelle aussi bien la poésie. Le merveilleux inutile.

Aragon, Henri Matisse, roman

Écriture et identité

Posté le 21 mai 2008 dans la catégorie littérature par Céline Servais-Picord

The Namesake

Les Etats-Unis sont un pays d’immigration par vagues successives, où coexistent plus ou moins harmonieusement diverses communautés. Ce contexte particulier suscite de nombreuses interrogations sur ce qu’est l’identité et inspire de nombreux artistes.

C’est le cas de Jhumpa Lahiri, Américaine fille d’immigrés indiens. Les personnages de premier son roman The Namesake (2003), des immigrés indiens de première et de deuxième génération, incarnent ce déchirement entre leur culture d’origine et leur nouvelle vie confortable à Cambridge, dans le Massachusetts. Jhumpa Lahiri, qui s’appelait à la naissance Nilanjana Sudeshna, insiste particulièrement dans ce roman sur les rapports entre les personnages et leur nom. Le fils de la famille Ganguli, par une série de hasards, voit son étrange prénom, destiné à un usage privé, devenir peu à peu officiel. Il s’appellera donc Gogol Ganguli, nom difficile à porter et qui ne signifie rien à ses propres yeux.

Jhumpa Lahiri, qui a animé des ateliers d’écriture créative à l’Université de Boston, signe un roman plein de finesse et aussi d’humour.

Le regard ultime

Posté le 3 mai 2008 dans la catégorie écriture par Hubert Heckmann

Dans un essai paru en 1933 et intitulé Le Regard ultime (Matsugo no me), l’écrivain japonais Yasunari Kawabata cite cet extrait de la Lettre adressée à un vieil ami, rédigée par Akutagawa avant son suicide:

L’univers où je vis en ce moment est transparent et limpide comme un bloc de glace et dominé par une nervosité maladive. Hier soir, je me suis entretenu avec une putain à propos de son salaire, et j’ai ressenti profondément notre misère, à nous autres humains, réduits à «vivre pour gagner notre vie»… Je ne sais pas quand je parviendrai à avoir le courage de me donner la mort. Seulement, dans l’état où je suis, la nature humaine m’apparaît plus belle que jamais. Tu pourrais rire de moi, de la contradiction d’aimer cette nature et de vouloir me tuer. Cependant, si la nature est belle, c’est parce qu’elle se reflète dans mon regard ultime.

Kawabata commente ainsi ce passage : «Dans l’univers “transparent et limpide comme un bloc de glace” d’un moine qui médite, le bâton d’encens qui se consume peut faire retentir le bruit d’une maison qui s’embrase dans un incendie, et le bruissement de la cendre de l’encens qui tombe peut résonner comme un tonnerre. Il s’agit là d’une pure vérité. Le “regard ultime” fournit la réponse à bien des mystères dans le domaine de la création artistique.»

Le «regard ultime» correspond à la dernière image de ce monde vue par celui qui va le quitter, mais selon Kawabata un tel regard n’est pas réservé aux seuls mourants. C’est aussi le privilège de l’artiste de percevoir la réalité des choses avec cette extrême lucidité.

Il me semble que cette conception d’un «regard ultime» de l’artiste n’est pas étrangère à la tradition littéraire occidentale. C’est peut-être même le propre de l’écrivain accompli, qu’il soit poète, romancier ou dramaturge, de donner à voir la nature humaine et le monde transfigurés, du point de vue de celui qui s’en va, du point de vue de l’éternité. J’aimerais rapprocher du texte d’Akutagawa d’une note du Journal de Kafka :

En revenant à la maison, j’ai dit à Max que sur mon lit de mort, à condition que les souffrances ne soient pas trop grandes, je serai très content. J’ai oublié d’ajouter, et plus tard je l’ai omis à dessein, que ce que j’ai écrit de meilleur se fonde sur cette aptitude à pouvoir mourir content.

Je crois qu’en épousant le regard ultime, l’écrivain perçoit le monde tel qu’il est, derrière les apparences et la banalité, plus vivant et plus intense. C’est pour cela que l’approche ou la pensée de la mort ne crée chez lui ni angoisse ni tristesse mais au contraire incite à créer, à saisir les reflets de «l’univers transparent et limpide comme un bloc de glace» qu’il contemple.

Dans notre monde où la présence de la mort est effacée et niée, peut-être a-t-on besoin plus que jamais du «regard ultime» auquel l’art donne accès. Par l’écriture, on peut apprivoiser la mort pour que se manifeste la vraie beauté de la vie.

Lire, lire et encore lire!

Posté le 26 avril 2008 dans la catégorie littérature par Postskript

Y a-t-il une méthode pour connaître un écrivain, pour comprendre son œuvre? J’ai lu aujourd’hui l’étude de Leo Spitzer sur «le style de Marcel Proust», et j’ai été frappé par le tout début de ce texte. Leo Spitzer y fait l’éloge d’un autre critique littéraire, E. R. Curtius. Ce faisant, il décrit sa conception du travail de critique. Ce qu’il dit de la lecture peut intéresser tous ceux qui veulent entrer dans l’intimité des œuvres et progresser dans la connaissance de la littérature :

Pour découvrir l’âme de Proust dans ses œuvres, Curtius emploie la méthode même que préconisait Proust (elle rejoint celle que je propose depuis des années) : le critique lit, déconcerté d’abord par l’étrangeté du style, s’arrête sur une «phrase en quelque sorte transparente» laissant deviner le caractère de l’artiste, trouve en poursuivant sa lecture une deuxième, puis une troisième phrase du même type, et finit par pressentir une «loi» dont l’application lui permettra de remonter aux «éléments psychiques du style d’un auteur». Il s’agit d’une recherche sur le «motif et le mot», recherche psycho-linguistique — j’ajouterai qu’à mon avis cette méthode (qu’on peut résumer ainsi : «lire, lire, et encore lire!») s’applique non seulement à Proust, mais à tout auteur dont on veut vraiment «comprendre» la langue. Cela implique évidemment qu’on se pénètre de la langue de l’auteur, surtout chez Proust. Je dirai de la langue de Proust ce que Valery Larbaud dit de l’acquisition graduelle d’une langue étrangère : «… cette langue, je l’ai apprise comme on obtient l’amour d’une femme».

Leo Spitzer, Études de style, Gallimard, 1970, p. 397.

L’enfer vu par un soupirail

Posté le 22 avril 2008 dans la catégorie littérature par Céline Servais-Picord

Barbey d'Aurevilly

Dans les Diaboliques (« Le Dessous de cartes d’une partie de whist »), Barbey d’Aurevilly emprunte la voix de l’un de ses personnages pour parler des crimes secrets, dont on ne fait que deviner l’existence : « Ce qui sort de ces drames cachés, étouffés, que j’appellerai presque à transpiration rentrée, est plus sinistre, et d’un effet plus poignant sur l’imagination et le souvenir, que si le drame tout entier s ’était déroulé sous vos yeux. Ce qu’on ne sait pas centuple l’impression de ce que l’on sait. Me trompé-je ? Mais je me figure que l’enfer, vu par un soupirail, devrait être plus effrayant que si d’un seul et planant regard, on pouvait l’embrasser tout entier ».

Ces phrases de Barbey sont riches d’enseignements pour tous ceux qui écrivent des fictions, même lorsqu’il n’est pas question de crimes secrets. Suggérer plutôt que tout montrer, laisser à l’imagination du lecteur la liberté d’interpréter ce qui n’a été qu’aperçu, voilà sans doute une des clés d’un bon texte.

Se mettre à écrire

Posté le 2 avril 2008 dans la catégorie écriture par Hubert Heckmann

autoportrait de Stendhal

Finalement, ce qu’il y a de plus difficile pour celui qui veut écrire, c’est peut-être bien de commencer. La page blanche ou l’écran vide réveillent une angoisse, qui alimente à son tour la paresse puis le découragement…

Par où commencer ? Bien sûr, on peut tracer des plans, mais c’est au risque de perdre le plaisir d’inventer, de figer prématurément ses idées. En cherchant comment les écrivains ont résolu cette question, je suis tombé sur la description que fait Jean Prévost du travail de Stendhal. L’auteur de La Chartreuse de Parme a une méthode pour se mettre à écrire, dont on peut tirer profit quand on bute sur le problème du commencement : il s’agit justement d’éviter d’avoir à commencer, et pour cela, le mieux est de reprendre et de continuer.

Stendhal préfère aux brouillons la méthode des «passages inducteurs» : il commence par rédiger de courts fragments, parfaitement écrits. Jean Prévost explique que ces fragments stimulent l’imagination alors que le plan la torture : «Un plan est une chose qu’il faut respecter, qu’il faut suivre en ajoutant du détail, qui oblige à recourir à la mémoire, qui tue l’imagination. Enfin ce plan n’a pas encore de nuances, il donne une matière lourde et informe qu’il faut relever. La note parfaite donne un détail, attire de loin d’autres détails : elle crée autour d’elle une cristallisation. Trouver quelques fragments parfaits, les réunir ensuite par une œuvre continue qui doit tout entière être au même niveau, c’est par excellence une méthode de poète.»

On peut opposer la spontanéité de Stendhal au perfectionnisme de Flaubert, qui entassait les brouillons et les ratures. Bien sûr, il n’y a pas qu’une méthode et chacun doit trouver, selon son caractère, les moyens qui lui permettent de se mettre dans des dispositions créatives. «Si, remarque Jean Prévost, pour l’écrivain qui se corrige, le grand effort vient après le premier jet, pour celui qui improvise, l’effort se place avant l’instant d’écrire

Jean Prévost détaille différents stimulants de l’écriture, auxquels on peut recourir comme Stendhal, quand on ne sait pas par où commencer : «Une œuvre d’un autre art, une note personnelle, un fragment d’une autre œuvre exaltent des sensations ou des impressions auxquelles réplique l’acte d’écrire. Ces excitations proposent à l’esprit un niveau à maintenir ou à dépasser. Le la est donné, l’air va suivre. Nous ne surprendrons jamais Stendhal en train de commencer ; toujours il reprend ou il continue. De même en musique, Haydn ou Bach n’improvisent bien que par variations.» Il arrivait aussi à Stendhal de traduire, de recopier, de relire une page déjà écrite, ou encore de décrire une gravure. Il avoue lui-même : «Mon esprit est un paresseux qui ne demande pas mieux que s’accrocher à une chose moins difficile que de composer.»

Stendhal nous invite à prendre des chemins de traverse pour contourner l’obstacle de la page blanche. C’est en écrivant qu’on se met à écrire, et pas en se demandant comment commencer !

(illustration : Autoportrait de Stendhal aux lunettes. Manuscrit de Lucien Leuwen)

Postskript et la semaine de la langue française

Posté le 4 mars 2008 dans la catégorie ateliers d'écriture par Céline Servais-Picord

semaine de la langue française

Pendant la Semaine de la langue française, Postskript vous invite à écrire sur le thème de l’amitié. Pour participer, il suffit de s’inscrire sur le réseau social littéraire de Postskript, où il est possible de publier ses textes et d’en discuter avec d’autres participants.
Ne manquez pas cette rencontre, qui aura lieu du 14 au 24 mars !