Lire, lire et encore lire!
Y a-t-il une méthode pour connaître un écrivain, pour comprendre son œuvre? J’ai lu aujourd’hui l’étude de Leo Spitzer sur «le style de Marcel Proust», et j’ai été frappé par le tout début de ce texte. Leo Spitzer y fait l’éloge d’un autre critique littéraire, E. R. Curtius. Ce faisant, il décrit sa conception du travail de critique. Ce qu’il dit de la lecture peut intéresser tous ceux qui veulent entrer dans l’intimité des œuvres et progresser dans la connaissance de la littérature :
Pour découvrir l’âme de Proust dans ses œuvres, Curtius emploie la méthode même que préconisait Proust (elle rejoint celle que je propose depuis des années) : le critique lit, déconcerté d’abord par l’étrangeté du style, s’arrête sur une «phrase en quelque sorte transparente» laissant deviner le caractère de l’artiste, trouve en poursuivant sa lecture une deuxième, puis une troisième phrase du même type, et finit par pressentir une «loi» dont l’application lui permettra de remonter aux «éléments psychiques du style d’un auteur». Il s’agit d’une recherche sur le «motif et le mot», recherche psycho-linguistique — j’ajouterai qu’à mon avis cette méthode (qu’on peut résumer ainsi : «lire, lire, et encore lire!») s’applique non seulement à Proust, mais à tout auteur dont on veut vraiment «comprendre» la langue. Cela implique évidemment qu’on se pénètre de la langue de l’auteur, surtout chez Proust. Je dirai de la langue de Proust ce que Valery Larbaud dit de l’acquisition graduelle d’une langue étrangère : «… cette langue, je l’ai apprise comme on obtient l’amour d’une femme».
Leo Spitzer, Études de style, Gallimard, 1970, p. 397.






