Blog de Postskript

Comment écrit-on un roman?

Posté le 25 janvier 2008 dans la catégorie ateliers d'écriture, écriture par Hubert Heckmann

Douglas Kennedy, La Femme du Ve

Douglas Kennedy, né à Manhattan en 1955, est l’auteur de nombreux romans, dont La Femme du Cinquième et Les Charmes discrets de la vie conjugale. Lorsqu’il était étudiant à l’Université du Maine, il avait la réputation de poser les questions auxquelles nul ne peut répondre : comment écrit-on un roman ? Comment trouve-t-on une idée ? Comment développer une narration ?

C’est finalement chez ses écrivains favoris qu’il a trouvé, non pas des réponses toutes faites, mais des modèles à suivre. De William Somerset Maugham, il a retenu cet aphorisme : « Il y a trois règles fondamentales pour écrire un roman… mais le problème est que personne ne les connaît ! » Douglas Kennedy a également pris pour maître Graham Greene, dont il a adopté la méthode : écrire 500 mots par jour, tous les jours sauf le dimanche.

Douglas Kennedy s’est rendu compte qu’on ne répondait pas à une question comme « comment écrit-on un roman ? » autrement qu’en se mettant soi-même à écrire. La théorie n’est d’aucun recours quand on cherche sa voix, son style, quand on veut créer une œuvre personnelle. Seule compte la pratique, régulière, méthodique, de l’écriture. C’est pour cela qu’on appelle ateliers d’écriture les formations à l’écriture littéraire : il ne peut s’agir de « cours d’écriture » qu’on recevrait passivement. L’atelier d’écriture, comme l’atelier du peintre, est un lieu de découverte pratique, d’expérimentation, où l’on apprend un art en s’y essayant.

Hommage à Halldór Laxness

Posté le 10 janvier 2008 dans la catégorie littérature par Céline Servais-Picord

Halldór Laxness, lauréat du prix Nobel de littérature en 1955, est un écrivain remarquable qui a su parler de son temps tout en retrouvant l’esprit et la forme du genre narratif islandais. Ceux qui aiment le genre un peu sec des sagas liront donc avec beaucoup de plaisir La Saga des Fiers-à-Bras ou La Cloche d’Islande, deux des chefs-d’œuvre de Laxness (qui présentent l’avantage d’être traduits en français…).

La Cloche d’Islande, longue trilogie centrée sur trois personnages bien différents, aborde les thèmes de l’indépendance perdue, de l’honneur, de la mémoire du peuple islandais qui, depuis le Moyen-Âge, écrit et récite les œuvres du passé. La trame du récit est essentiellement juridique, et l’action avance au fur et à mesure des procès et des actions en appel. Pas de place à l’analyse psychologique. C’est aux actes que l’on peut deviner le sentiment des personnages, mais cela n’a guère d’importance dans une société où tout, y compris l’amour, est affaire de contrat. L’essentiel, c’est de garder les apparences : pas vu, pas pris.
On retrouve cette sécheresse dans la moindre phrase. Laxness prend plaisir à emmener le lecteur sur une piste puis, d’une manière très sarcastique, à le décevoir ou à le surprendre au dernier mot.

Halldór Laxness est décédé il y a dix ans. Il est un modèle pour les Islandais, peuple peu nombreux qui a pourtant une grande vitalité littéraire (les Français devraient peut-être regarder de ce côté). Mais c’est un modèle souvent perçu comme trop grand, trop impressionnant par les écrivains islandais d’aujourd’hui. Je suis curieuse de voir qui va oser prendre la relève.