Blog de Postskript

L’artisan écrivain

Posté le 14 juin 2008 dans la catégorie écriture par Postskript

Répondant à un journaliste, le prix Nobel de littérature Orhan Pamuk a évoqué le métier et la patience nécessaires à l’écrivain, qui rappellent les miniaturistes décrits dans son livre Rouge est mon nom. Cette déclaration du romancier turc, qui fait l’éloge du travail régulier, est stimulante pour tous ceux qui se sont engagés dans une démarche d’écriture:

«Je me considère certainement plus comme artisan que comme artiste. La créativité et l’inspiration jouent naturellement un rôle. La véritable littérature est plus qu’une simple histoire racontée par quelqu’un. Elle doit transmettre au lecteur l’essence du monde, sur le plan moral, philosophique et émotionnel. J’ai essayé de développer cette vérité intérieure dans tous mes ouvrages. Mais sans la patience et l’habileté de l’artisan, même le talent le plus sublime est gaspillé.»

Le besoin d'écrire

Posté le 31 décembre 2007 dans la catégorie écriture par Hubert Heckmann

Paul Valéry note dans Tel Quel que « la littérature est pleine de gens qui ne savent au juste que dire, mais qui sont forts de leur besoin d’écrire. » Cette remarque paraît bien sévère au premier abord : le poète semble condamner une forme de vanité de la littérature.

Cependant, dans un article de Figures I, le critique littéraire Gérard Genette nous invite à reconsidérer cette déclaration sous un jour plus positif : le « besoin d’écrire » est assimilé par Valéry à une « force ». Une force vide, puisque le besoin d’écrire prime ici sur l’envie de communiquer un message ou un sens. Mais cette force est essentielle pour mener à bien un travail de création littéraire.

Certains passages des meilleurs romans, certains des plus beaux vers des poètes agissent sur nous sans nous apprendre grand chose. Il ne faut pas toujours avoir quelque chose à dire pour se mettre à écrire, et à l’inverse, certaines œuvres sont gâtées parce que l’auteur veut trop en dire. Le besoin d’écrire sans savoir quoi laisse libre cours à l’imagination, à la fantaisie, à la création. C’est cette force-là qui permet à l’écriture de rester un art, libre par rapport aux concepts comme l’est la musique, alors que la tentation est toujours grande, quand on manipule des mots, de se laisser enfermer dans un message, dans le carcan des idées.

Dérober, emprunter, mendier

Posté le 12 décembre 2007 dans la catégorie littérature par Céline Servais-Picord

mosaïque

Dans un entretien qui eut lieu à New York en 1956, William Faulkner déclarait de manière assez provocatrice que l’écrivain “ n’a aucun scrupule à dérober, emprunter, mendier ou ravir à n’importe qui ce dont il a besoin pour accomplir son œuvre. ”

Il n’y a pas de meilleur conseil que celui de ce grand écrivain qui avoue sans complexe qu’on ne peut tout tirer de soi. L’écriture ne consiste pas à s’isoler devant une page blanche qui, bien souvent, restera désespérément vide. Des générations et des générations d’écrivains ont déjà tout dit, et il est illusoire de croire que l’on peut inventer des thèmes et des genres à la fois universels et radicalement nouveaux.

Le vrai travail de création consiste remanier une matière déjà existante et foisonnante dans la littérature et les arts du passé, mais aussi dans les nouveaux médias. Sans vergogne, l’artiste peut voler chez les autres tel thème, tel procédé, tel canevas. De tous ces morceaux épars et mal assortis, il est difficile de faire une œuvre d’art. Et pourtant, c’est bien cela le travail de l’artiste : faire du neuf avec du vieux, faire des rapprochements qui pourraient sembler incongrus, rassembler dans une unité surprenante et harmonieuse des éléments héréroclites.

Le meilleur exemple de cet assemblage est la technique de la mosaïque, qui manifeste l’intention unificatrice de l’artiste sur des éléments de nature diverse.

Lire et écrire de la poésie

Posté le 1 décembre 2007 dans la catégorie littérature par Hubert Heckmann

atelier prose poétique

   Celui qui entre par hasard dans la demeure d’un poète
   Ne sait pas que les meubles ont pouvoir sur lui
   Que chaque nœud du bois renferme davantage
   De cris d’oiseaux que tout le cœur de la forêt…

         René Guy Cadou

En lisant un poème, en le relisant et en le démontant, en cherchant à comprendre comment il fonctionne, on découvre qu’on peut soi-même en faire d’autres, sur le même modèle d’abord, puis selon de nouvelles règles que l’on se donne à soi-même. Si un poème nous parle et si, en se le récitant, on éprouve ce «pouvoir» évoqué par René-Guy Cadou, alors pourquoi ne pas répondre à ce poème en écrivant à son tour ?

Souvent la poésie déconcerte en s’écartant des habitudes du langage, en explorant des voies inconnues. La poésie intimide aussi : on n’ose pas l’approcher, faute de savoir comment s’y prendre. Combien de fois entend-on ce discours : «La poésie ne s’explique pas, il faut seulement la ressentir.» Une telle attitude a pour conséquence de momifier la poésie, de décourager par avance ceux qui aimeraient en lire ou en écrire. En effet, si on ne peut rien dire de la poésie, alors on est condamné à la contempler passivement, de loin, avec un respect religieux.

Au contraire, si on considère la poésie comme l’invention d’un langage, c’est au lecteur que revient la tâche d’élucider les règles de construction de chaque poème, d’en déchiffrer le code pour entendre ce que dit le poème. Si l’on revient à l’image développée par René-Guy Cadou, le lecteur doit découvrir ce que renferme «chaque nœud du bois» du poème. Quand un poème me parle, quand j’entends qu’il contient «davantage / de cris d’oiseaux que tout le cœur de la forêt», alors je peux entrer en dialogue avec lui. Aragon confiait : «Je n’écris jamais un poème […] qui ne tienne compte de tous les poèmes que j’ai précédemment lus.» Lire la poésie, c’est apprendre à devenir poète.

Lire attentivement un poème qu’on aime pour en élucider le fonctionnement ne risque d’en détruire ni le pouvoir ni le charme ! À l’opposé, c’est en se familiarisant avec les secrets de fabrication de la poésie que l’on acquiert une plus grande sensibilité à ses pouvoirs. Dans le domaine poétique, il n’existe pas de vérité définitive : chaque rencontre d’un poème et d’un lecteur reste une aventure originale. Devant un poème, je suis appelé à inventer moi-même mon propre code pour déchiffrer et pour traduire dans le langage qui est le mien. Lire un poème correspond donc à la même opération qu’écrire un poème : il s’agit d’inventer sa propre parole.

Prendre le temps d'écrire

Posté le 28 novembre 2007 dans la catégorie écriture par Céline Servais-Picord

L'Ecrivain, par Michaël Thomazo

On a toujours de bonnes raisons de ne pas écrire aujourd’hui. Je peux décider d’écrire demain, ou quand j’aurai des projets plus précis, ou quand j’aurai le temps de composer le roman dont j’ai toujours rêvé. Mais à faire passer sans cesse l’écriture derrière d’autres priorités, on risque de ne rien écrire du tout.

Ce que vous n’écrivez pas aujourd’hui, vous ne l’écrirez jamais. Si ce projet vous tient pourtant à cœur, il faut  prendre la situation en main et trouver le temps d’écrire dès maintenant. Gardez toujours sur vous un stylo et un bloc-notes afin de ne pas rater une occasion d’écrire quelque chose : une idée, des bribes de dialogue, un rêve. Les tâches de la journée sont semblables à des galets dans un bocal. Ceux-ci prennent presque toute la place, mais entre eux restent de larges interstices que l’on peut remplir avec du sable. Les grains de sable, ce sont ces précieuses minutes où vous pouvez sortir votre bloc-notes : dans la salle d’attente du médecin, dans la cuisine pendant que la casserole est sur le feu.

Tous ces moments passés à écrire vous donneront de l’assurance, du style et sans doute des idées de projets plus ambitieux. Alors, qu’attendez-vous ?